25.01.2008

La Gauche Moderne soutient les ambitions du rapport Attali

La Gauche Moderne souligne l’intérêt du travail effectué par la commission Attali et se félicite particulièrement des encouragements apportés à l’esprit d’innovation, à la liberté d’entreprendre, à la mobilité professionnelle et sociale.

De nombreuses préconisations du rapport permettront de lever les freins et les conservatismes qui pèsent sur notre économie, bloquent notre société et enferment aujourd’hui les exclus et les précaires dans leur situation.

La Gauche Moderne, sans partager toutes les propositions formulées par la commission, salue l’esprit social libéral qui les anime. L’encouragement des libertés et la garantie des solidarités, la recherche conjointe de l’efficacité économique et de la justice sociale, la responsabilisation et l’évaluation de tous les acteurs, le pragmatisme, constituent pour la Gauche Moderne des principes partagés.

Afin de contribuer librement aux réformes, La Gauche Moderne se propose de travailler, à travers leur approfondissement voire leur critique constructive,  à la mise en œuvre des propositions les plus significatives de la commission Attali.

Ministre d’ouverture, Jean-Marie BOCKEL se réjouit de l’esprit de réforme qui, au-delà des frontières partisanes et idéologiques et conformément aux souhaits du Président, contribue à la construction d’une France plus dynamique et plus juste.

15.01.2008

Vœux de M. Jean-Marie Bockel

Paris le 15 janvier 2008

 

(Seul le prononcé fait foi)

En ce début d’année, je suis heureux de vous retrouver, toutes et tous, à l’occasion d’une traditionnelle cérémonie de vœux. Pas si traditionnelle que ça d’ailleurs, puisque que l’habitude s’en était perdue rue Monsieur. J’ai voulu renouer avec les « vœux de la coopération ». D’abord, c’est un moment de convivialité toujours sympathique. C’est aussi l’occasion d’une mise en perspective. J’ai souhaité, six mois après mon arrivée ici, vous dire le regard que je porte sur la mission que m’a confiée le président de la République.

Aux côtés de Bernard Kouchner, j’ai la responsabilité de piloter l’aide française au développement et d’en définir les grandes orientations. C’est un poste passionnant, car l’aide au développement est un enjeu majeur pour bâtir une mondialisation équitable. On ne le mesure pas toujours, car c’est un enjeu de long terme, loin des polémiques médiatiques.

Je veux d’abord vous redire ma passion pour cette mission et ma détermination à faire bouger les lignes sur ces sujets. Car des changements sont nécessaires, je le pressentais en arrivant, j’en ai la conviction aujourd’hui.

Au plan de notre organisation, vous le savez, une vaste réflexion est en cours, à travers la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP). Je suis évidemment fortement impliqué dans cet exercice. Plusieurs réformes de notre dispositif d’aide au développement ont déjà eu lieu, d’autres sont nécessaires pour lui donner sa pleine cohérence.

Comme toute réforme, surtout quand elle succède à d’autres, celle-ci suscite des attentes et, ne le cachons pas, des inquiétudes chez certains. La semaine prochaine, je rencontre notre réseau : les Conseillers de coopération de nos ambassades, correspondant à l’étranger de la DGCID, et les directeurs d’agence de l’Agence Française de Développement (AFD), qui tiennent un séminaire commun. Ce sera pour moi l’occasion de leur exposer ma vision des choses et d’aborder plus largement tous les domaines d’intervention de la coopération française. Mais je veux d’ores et déjà leur dire mon estime, ma confiance et ma reconnaissance.

Nous avons une longue expérience de l’aide au développement. Je veillerai à ce que les hommes et les femmes de notre réseau, dont la compétence est notre atout majeur, soient au cœur de cette réforme, qu’ils en soient les acteurs et certainement pas les victimes, qu’elles se fassent avec eux et non contre eux. Je m’y engage devant vous, et j’y reviendrai la semaine prochaine, quand je les rencontrerai.

Aujourd’hui, je veux vous parler d’autres réformes, d’autres changements, de rupture. Je veux vous parler de notre politique africaine.

L’aide au développement est une dimension centrale de l’action extérieure de la France. Elle est sa composante de solidarité : elle doit porter un message politique fort sur l’action de la France et sur nos valeurs.

La France est généreuse : 9 milliards d’euros ont été consacrés à l’APD en 2007, autant le seront en 2008. Avec 0, 42 % de son PIB, la France est l’un des pays du G8 les plus engagés et elle le restera. Le Président de la République a encore redit mardi dernier au chanteur Bono, ardent militant de l’aide aux pays du Sud comme on le sait, que nous respecterons nos engagements internationaux en matière d’aide et que notre aide à l’Afrique, en particulier, sera augmentée.

Les Français sont solidaires des pays en développement et veulent le rester, car ils ont bien compris qu’aider les pays du Sud à se développer, c’est construire un monde de demain plus juste et plus sûr, c’est à terme nous aider nous-mêmes. Encore faut-il que l’aide au développement soit efficace. Et là, les Français sont dubitatifs. Cela apparaît clairement dans les sondages : une adhésion de nos concitoyens au principe de l’aide, un scepticisme sur ses résultats.

Je comprends ce scepticisme : l’efficacité de l’aide au développement, la notre comme celle des autres donateurs, est loin d’être optimale. Inutile de le nier : les résultats de plusieurs décennies d’aide au développement de l’Afrique sont décevants. Je refuse le double langage, je refuse l’optimisme de principe, le volontarisme de façade, qui est un fatalisme déguisé.

On ne peut pas continuer à tenir des discours angéliques : ils sont toujours en contradiction avec ce qui se passe sur le terrain. Je l’ai vu lors de mes voyages, chacun de nous l’a vu en Afrique. Il ne s’agit pas de réécrire l’histoire : la coopération française a réalisé de belles choses en Afrique. Nous pouvons être fiers des milliers d’écoles que nous avons soutenues, des centres de santé et des hôpitaux que nous avons construits. Mais il nous faut reconnaître que l’investissement consenti n’a pas suffit.

Il faut s’interroger sur ce qui n’a pas marché, pour comprendre comment redonner à l’aide au développement sa raison d’être, pour que notre générosité soit efficace. On connaît une partie de la réponse. L’un des premiers freins au développement, c’est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie de structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants. Tout le monde le sait, bien peu le disent.

Avec 100 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale, l’aide au développement doit être efficace. Ce n’est possible que si le pays qui la reçoit sait en faire bon usage, comme il doit faire bon usage de ses autres ressources. L’aide au développement est une ressource parmi d’autres : si l’on gaspille ses propres ressources, on gaspillera aussi l’aide au développement. Les exemples, hélas, ne manquent pas.

Quand le baril est à plus de 100 dollars, et que d’importants pays producteurs de pétrole ne parviennent pas à se développer, la gouvernance est en question. Quand les indicateurs sociaux de ces pays  stagnent ou régressent tandis qu’une minorité mène un train de vie luxueux, la gouvernance est en question. Que deviennent ces revenus pétroliers ? Pourquoi la population n’en bénéficie-t-elle pas ? Est-il légitime que notre aide au développement soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ?

En tant que responsable politique, je suis comptable de la bonne utilisation des deniers du contribuable. J’ai le droit, j’ai même le devoir de poser ces questions. Ce n’est pas de l’ingérence : c’est être fidèle au principe de solidarité qui guide notre action.

Qu’on ne s’y méprenne pas : je ne me pose pas en donneur de leçon afin de juger l’action de tel ou tel dirigeant africain. C’est aux Africains eux-mêmes de juger l’action de leurs dirigeants. Mon propos n’est pas d’adopter une posture moralisatrice, c’est une exigence d’efficience. D’abord parce qu’il s’agit des deniers de l’Etat, que je veux dépenser à bon escient. Mais aussi, parce que c’est de notre intérêt à nous, Français, Européens, de voir l’Afrique se développer.

La culture des résultats et de l’évaluation souhaitée par le président Sarkozy, je la pratique depuis longtemps. Je veux l’appliquer à l’aide au développement. Trop souvent, l’évaluation de l’aide est un long justificatif pour expliquer pourquoi les résultats n’ont été que « partiellement » atteints. Et parfois, vraiment très partiellement… Je veux une vraie évaluation, et quand ça ne marche pas, on arrête.

Attention, je ne suis pas en train de chercher de faux prétextes pour justifier par avance une prochaine baisse de notre aide. Au contraire, je vous l’ai dit en commençant, notre aide sera augmentée. Ce que je veux, c’est aider davantage les pays qui mettent en œuvre des politiques efficaces, c’est conditionner notre aide à la gouvernance.

Pas pour des raisons idéologiques ou morales, je suis un pragmatique, converti depuis longtemps au principe de réalité. Mais parce que j’ai la conviction que la bonne gouvernance est une condition indispensable à l’efficacité de l’aide.

Depuis six mois, j’ai effectué une vingtaine de déplacements dont plus de la moitié sur le continent africain. J’y ai vu des situations très diverses. De vrais réussites, mais aussi des disfonctionnements, des abus, des situations de misère.

C’est cela qui pousse les jeunes sur le chemin de l’exil et de l’immigration. La jeunesse ne croit plus en un avenir possible dans son propre pays. Je veux lutter contre la désespérance de la jeunesse africaine. Je veux redonner à l’Afrique l’envie de rêver d’elle-même, plutôt que d’un illusoire eldorado occidental.

Le président Sarkozy a tenu des propos forts, à Cotonou pendant sa campagne électorale, puis à Dakar lors de son premier déplacement sur le continent. Il a appelé l’Afrique à prendre son avenir en main. Il a aussi appelé à une refondation de la relation entre l’Afrique et la France.

Je veux le redire clairement : ces changements sont nécessaires et ils auront lieu. Des engagements ont été pris et ils seront tenus. La feuille de route tracée par le Président de la République sera mise en œuvre, et je serai l’un des artisans de sa réalisation. La politique africaine de la France doit changer, et elle changera.

Le poids des habitudes est un obstacle à ce changement, la rupture annoncée à Cotonou tarde à venir. Le poids des habitudes et aussi, il faut le dire, le poids des mauvaises habitudes. La préservation d’intérêts particuliers, la défense de quelques rentes de situation héritées d’un passé révolu perdurent. La « Françafrique », pourtant obsolète, pourtant moribonde, freine encore la refondation voulue par le président de la République.

Pour pouvoir demander à l’Afrique une meilleure gouvernance, nous devons être nous-mêmes irréprochables. Ce n’est pas le cas. Je veux balayer devant notre porte, assainir la relation entre la France et l’Afrique. Je veux que cessent les interférences de ceux que le président Sarkozy a qualifié, à Cotonou, « d’émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent ». C’est une nécessité pour pouvoir tenir un discours exigeant aux Africains.

Aujourd’hui, devant vous, je veux signer l’acte de décès de la « Françafrique ». Je veux tourner la page de pratiques d’un autre temps, d’un mode de relations ambigu et complaisant, dont certains, ici comme là-bas, tirent avantage, au détriment de l’intérêt général et du développement.

Je compte sur le soutien du président de la République pour tenir les engagements qu’il a lui-même pris, malgré les sollicitations contraires de ceux qui s’inquiètent de la fin de ces pratiques lucratives. Et je sais que Bernard Kouchner, qui connaît l’Afrique, qui la connaît bien, depuis longtemps, souhaite lui aussi que les choses changent.

Nous devons, Africains et Français, construire ensemble un mode de relation rajeuni, assaini, décomplexé de part et d’autre, un véritable partenariat dans lequel on traite d’égal à égal, dans lequel chacun prend pleinement les responsabilités qui sont les siennes.

Depuis six mois, ce changement se prépare. Des jalons ont été posés, un travail d’explication et de dialogue est en cours. Pour être acceptée, pour être utile, cette rupture doit être comprise de nos partenaires africains, elle doit être conçue avec eux, dans le respect mutuel et le dialogue.

C’était aussi le sens du discours de Dakar : refuser de fixer unilatéralement les modalités de la relation entre l’Afrique et la France, exprimer la volonté de la construire ensemble, dans le dialogue. La vivacité des réactions à ce discours montre combien il était nécessaire d’ouvrir le débat, d’engager le dialogue, de confronter les points de vues.

J’ai pour ma part rencontré de très nombreux interlocuteurs, sur le continent ou à Paris, des officiels, des entrepreneurs, des intellectuels, des artistes, des étudiants, des jeunes, souvent sans emplois. Je les ai écouté afin de comprendre leurs attentes, j’ai écouté leurs idées, leurs critiques aussi, y compris à notre égard. Toutes n’étaient pas justes, mais toutes m’ont touché. Je veux répondre à leurs critiques, je veux répondre à leurs attentes.

Et en Afrique aussi, sans doute plus qu’en France, l’attente d’une rupture dans la relation franco-africaine est forte. Le continent a changé. Notre politique aussi, mais sans doute pas assez vite. La vraie rupture avec la « Françafrique » est là. Dans notre capacité à tenir sur les principes, à écouter les peuples, leur jeunesse, à entendre leurs aspirations profondes.

La rupture ne signifie pas renier des amitiés anciennes. Mais cela veut dire accompagner l’évolution des pays amis. Notre amitié doit être une amitié exigeante et sans complaisance, justement parce que c’est une amitié sincère, une amitié à l’égard d’un peuple et non de ses seuls dirigeants.

Le défi du développement est un défi de long terme, mais l’Afrique est aussi dans une situation d’urgence : l’Afrique ne peut plus se permettre de perdre du temps. Sa vitalité démographie, l’accroissement de sa population ne lui permettent pas d’attendre un développement qui tarde. L’Afrique subsaharienne, c’était 300 millions d’habitants au moment des indépendances, 800 millions aujourd’hui, le double en 2050.

Portée par la hausse du prix de ses matières premières, c’est aujourd’hui que l’Afrique doit bâtir un développement économique durable, créer de la valeur ajoutée, des emplois qualifiés pour sa jeunesse. Et c’est cela que les partenaires au développement, au premier rang desquels la France, doivent aider.

L’échec nous est interdit. L’Afrique est capable de toutes les réussites, mais je sais aussi les dangers et l’instabilité dont le continent peut être porteur. Les événements tragiques au Kenya nous l’ont brutalement rappelé en ce début d’année. La situation en Somalie, au Darfour ou dans les Kivus illustrent tragiquement les fragilités du continent. Les populations sont toujours les premières victimes des exactions des miliciens et des seigneurs de guerre. L’annulation du rallye Paris Dakar montre que l’Afrique aussi est confrontée à la menace terroriste. Lorsque le développement est en panne, que la population s’enfonce dans la misère, le désespoir peut mener à tous les extrémismes.

Notre coopération en matière de sécurité, militaire et de défense vise précisément à aider les pays partenaires à assurer leur stabilité. Ce type de coopération est parfois controversé. Je le regrette, car la paix et la sécurité sont des préalables indispensables au développement. Notre coopération militaire, en amont du développement, participe directement au même objectif.

Le destin de l’Europe et celui de l’Afrique, continents voisins, sont fortement liés. La géographie, l’histoire, la langue aussi nous rapprochent. L’avenir de la Francophonie se jouera en grande partie en Afrique. Notre avenir est nécessairement commun, qu’on le veuille ou non. Pour ma part, je m’en réjoui, car je crois en l’Afrique. Je sais le dynamisme du continent, sa vitalité, son potentiel de croissance. Je veux dire ma conviction que l’Afrique est le continent de demain.

Il faudrait que les élites africaines elles-mêmes partagent davantage cette conviction et montrent l’exemple. Quand je vois que 40 milliards d’euros quittent chaque année le continent pour aller s’investir ailleurs, je me dis que certains Africains ont bien peu confiance dans leurs propres capacités à développer leur pays. Ils ont tort, l’Afrique offre de grandes opportunités.  Je le sais, nos chefs d’entreprises me le confirment.

L’Afrique doit être un partenaire de qualité pour l’Europe, elle en a le potentiel. Et pour que l’Afrique soit, pour nous Européens, le partenaire fiable et dynamique qu’elle a vocation à être, il faut une Afrique forte. Le renforcement de l’Afrique, de chacun de ses 52 pays, de leur gouvernance, de leurs institutions, de leur démocratie, c’est le vœu que je forme, en ce début d’année, à l’égard du continent. C’est aussi l’objectif que je fixe à notre coopération et, dans le secteur qui est le mien, à notre présidence de l’Union Européenne, au second semestre. Je sais que je peux compter sur Jean-Pierre Jouyet pour faire de l’Afrique l’une des priorités de notre présidence européenne.

Afin de progresser sur la voie des réformes, je vais soumettre au Président de la République plusieurs propositions concrètes. Je souhaite en partager quelques-unes avec vous.

Nous devons tout d’abord « sanctuariser » notre effort d’aide publique au développement. Il en va de la parole donnée par la France au plus haut niveau. Il a en va de notre crédibilité sur la scène internationale. Mais nous ne pourrons le faire qu’à la condition de prendre des engagements budgétaires à caractère pluri-annuel. C’est là une décision qu’il appartient au Président de prendre.

Je souhaite également que la coopération française puisse être évaluée par les pays bénéficiaires eux-mêmes. Les autorités du pays, bien sûr, mais pas seulement. Le regard que portent la société civile de ces pays, les élites, la jeunesse, nous aidera, comme l’a souhaité le Président de la République, à rapprocher notre aide des bénéficiaires. Un site dédié à ce dialogue pourrait être ouvert très prochainement.

Nous devons également associer plus étroitement le Parlement à la définition des choix, des priorités, des secteurs de concentration de notre aide. Je vais proposer au Président, en annexe du projet de Loi de finances, un état précis des progrès réalisés par les dix pays les plus aidés par la France en matière de gouvernance au sens large (démocratie, droits de l’homme, lutte contre la corruption, environnement des affaires).

L’aide française, ça n’est pas que l’Etat. Les Français individuellement y contribuent fortement, ainsi que les ONG, les collectivités territoriales, les fondations d’entreprise. C’est l’idée de coalition au service du développement que j’avais formulée lors des journées du réseau en juillet dernier. Pour faire vivre cette coalition, je propose la création d’une structure légère, succédant au Haut Conseil à la Coopération Internationale, et qui permettra d’entendre, en amont de la programmation de nos moyens, le point de vues d’acteurs de terrain.

Enfin, il est essentiel que la France puisse faire exister ses idées et partager ses convictions avec ses plus proches partenaires. Je pense, bien sûr, à l’Union Européenne, je pense également à la Francophonie. Ces deux communautés de destin et de valeurs doivent être exemplaires.

L’Union doit remettre au cœur de sa politique d’aide au développement un dialogue « critique », sans complaisance. La nécessité de « décaisser » ne doit pas conduire l’Europe à fermer collectivement les yeux sur ce qui ne va pas ou n’est pas acceptable. Je suggère d’aller au-delà des seules incitations « positives » et d’envisager, lorsque cela se justifie, de vraies conditionnalités à l’octroi de notre aide.

La Francophonie aussi doit être exemplaire. Elle doit faire de l’espace francophone un espace de libre parole, d’examen par les pairs sans complaisance. Nous pouvons là encore aller plus loin. La situation des droits de l’homme, et je salue l’action courageuse et déterminée de Rama Yade, doit faire l’objet de plus d’attention. Chaque réunion ministérielle consacrée au développement devrait comporter un « segment » consacré à cette question majeure. Nous savons trop bien que les violations d’aujourd’hui feront les conflits de demain.

La France, au sein de l’Union Européenne, avec la famille francophone, veut et doit rester un partenaire majeur de l’Afrique. Elle en a les moyens et elle y a intérêt. Les Africains le veulent aussi, ils me le disent, mais ils veulent une nouvelle relation. A nous de la bâtir ensemble !

"Je veux signer l'acte de décès de la "Françafrique"

LE MONDE | 15.01.08


Six mois après l'élection de Nicolas Sarkozy, il semble que rien n'ait changé dans les relations entre la France et l'Afrique, contrairement aux promesses de rupture faites pendant la campagne électorale. Le ministre d'ouverture que vous êtes accepte-t-il ce statu quo ?

C'est justement parce que je suis un ministre d'ouverture et que j'ai adhéré au discours de Nicolas Sarkozy sur l'Afrique que je souhaite que les choses changent. Or la rupture tarde à venir. Il y a encore trop de rentes de situation, trop d'intermédiaires sans utilité claire, trop de réseaux parallèles pour permettre un partenariat assaini, décomplexé, d'égal à égal. La "Françafrique" est moribonde. Je veux signer son acte de décès. Il ne s'agit pas de faire la morale, mais d'aider au développement. Or, à cause de défauts de gouvernance dans certains pays, notre politique de coopération, malgré de multiples réalisations, ne permet pas des progrès à la hauteur des efforts consentis.

Comment expliquez-vous ce manque d'efficacité ?

La mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l'incurie de certaines structures administratives ou politiques, la prédation de certains dirigeants, tout le monde connaît ces facteurs ou les imagine. Au total, sur 100 milliards de dollars annuels d'aide pour l'Afrique, 30 milliards s'évaporent. Certains pays ont d'importantes ressources pétrolières, mais leur population n'en bénéficie pas. Est-il légitime que notre aide soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ? Il faut donc revoir les conditionnalités, évaluer l'efficience de notre aide.

A quels pays pensez-vous ?

Je ne suis pas là pour montrer du doigt tel ou tel chef d'Etat. Ce serait contre-productif. Mais il serait intéressant d'écouter non seulement les dirigeants, mais aussi les sociétés civiles dire ce qu'elles pensent de l'efficacité de notre aide.

Justement, le régime gabonais d'Omar Bongo vient de "suspendre" les organisations de la société civile qui critiquent l'opacité de sa gestion des revenus pétroliers...

Le président du Gabon est un ami de longue date de la France. Sur la liste des pays problématiques, je ne le placerais pas en tête. Mais, sous réserve de vérification, je regrette cette décision.

Que pensez-vous de la décision du parquet de Paris de stopper l'enquête sur les "biens mal acquis" par certains chefs d'Etat africains ?

Pour faire évoluer les choses, on peut provoquer le conflit. Ma méthode est différente, forte et pédagogique, non idéologique. Il s'agit de conditionner notre aide à une bonne gouvernance, faire comprendre à l'opinion et aux dirigeants que ce serait plus efficace. Dans les accords de partenariat, nous pouvons demander un engagement de transparence sur l'utilisation des ressources en matières premières, exiger qu'une partie de la rente pétrolière soit utilisée dans les projets que nous aidons. Encore faut-il qu'on se tienne à cette ligne. Je suis en dialogue avec le président de la République à ce propos. Le moment est venu que je sois soutenu jusqu'au bout.

Auriez-vous du mal à vous faire entendre ?

Le président a fixé un cadre au niveau du discours. Le moment est venu d'une piqûre de rappel pour aller plus loin dans la démarche de rupture et mettre nos principes en actes. Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler notre manière de dialoguer avec les Africains. Le président sera en Afrique à la fin de février : c'est le bon moment.

L'un de vos prédécesseurs, Jean-Pierre Cot, ministre de la coopération, a dû démissionner, en 1982, après avoir cherché en vain à changer les relations entre la France et l'Afrique. Ne courez-vous pas le même risque ?

C'est un vieil ami. Il s'est vite isolé et n'a pas forcément fait la bonne analyse. Moi, je suis avant tout un pragmatique. Je sais gérer les gens, les budgets, les contradictions. Je sais qu'on ne décalquera pas du jour au lendemain notre morale en Afrique. Je sais aussi que l'Afrique est le continent de demain, et qu'il en va de l'intérêt de la France de mettre en oeuvre cette rupture. La jeunesse africaine l'attend.

Propos recueillis par Philippe Bernard

Les vœux à la hussarde de Jean-Marie Bockel

L'Express
Mardi 15 janvier 2008

Vincent Hugeux

Le discours de vœux que le secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie va prononcer ce mardi est un plaidoyer pour le "changement" et la "rupture", afin d'en finir avec la "Françafrique". S'agissant de sa portée réelle, on attendra pour en juger...

oilà un discours de vœux qui, loin des formules convenues, fera frémir le Landerneau franco-africain. Et risque de provoquer quelques grincements de dents sous les lambris de l’Elysée comme dans plus d’un palais présidentiel du continent noir. Car le plaidoyer pour le "changement" et la "rupture" que Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, prononcera ce mardi après-midi en son Hôtel de Montesquiou illustre en creux l’oubli fâcheux des promesses en la matière de Nicolas Sarkozy. Et la perpétuation des travers de divers régimes autocratiques que ménage Paris.

Quedeviennent lesrevenus pétroliers?
"L’un des premiers freins au développement, souligne l’ancien maire de Mulhouse, c’est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie de structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants". Ne manque, hélas, que quelques noms… "Quand le baril est à 100 dollars, insiste Bockel, et que d’importants pays producteurs de pétrole ne parviennent pas à se développer, la gouvernance est en question. Quand les indicateurs sociaux de ces pays stagnent ou régressent, tandis qu’une minorité mène un train de vie luxueux, la gouvernance est en question. Que deviennent ces revenus pétroliers? Pourquoi la population n’en bénéficie-t-elle pas? Est-il légitime que notre aide au développement soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources?" Bonnes questions. Et cette fois, la référence à l’or noir permet de remplir les "blancs" laissés par celui qui fut tour à tour député puis sénateur du Haut-Rhin: le Gabon, dont Sarkozy choie tant le président Omar Bongo Ondimba, au pouvoir depuis quarante ans; le Congo-Brazzaville de Denis Sassou Nguesso et le Cameroun de Paul Biya. Il se peut que la Libye de Mouammar Kadhafi et l’Algérie d’Abdelaziz Bouteflika méritent de figurer dans le même palmarès.

En ces temps de notations ministérielles, Jean-Marie Bockel souhaite étendre la méthode à l’efficacité de l’aide au développement: "Je veux une vraie évaluation, et quand ça ne marche pas, on arrête." Chiche? Le secrétaire d’Etat affiche aussi sa volonté de "renforcer la conditionnalité de l’aide à la gouvernance". Re-chiche? Plus loin, il annonce son intention de "proposer au président, en annexe du projet de Loi de finances, un état précis des progrès réalisés par les dix pays les plus aidés par la France en matière de gouvernance au sens large (démocratie, droits de l’homme, lutte contre la corruption, environnement des affaires)". Diagnostic sans nul doute instructif.

Les turpitudes françafricaines de la Chiraquie...
Vient ensuite une référence au discours prononcé en mai 2006 à Cotonou (Bénin), par le candidat Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Référence un rien périlleuse, tant cette adresse, réquisitoire contre les turpitudes françafricaines de la Chiraquie, semble restée lettre morte. "Des engagements ont été pris et ils seront tenus", martèle le fondateur du parti Gauche moderne. Ce qui laisse supposer qu’ils ne l’ont pas été à ce stade. D’ailleurs, concède le locataire de la rue Monsieur, "la rupture annoncée à Cotonou tarde à venir". "La préservation d’intérêts particuliers, la défense de quelques rentes de situation héritées d’un passé révolu perdurent. La ‘Françafrique’, pourtant obsolète, pourtant moribonde, freine encore la refondation voulue par le président de la République". Lequel président a pourtant tenu à remettre lui-même les insignes de chevalier de la Légion d’honneur à l’avocat Robert Bourgi, gardien du musée vivant d’une Françafrique qui a de "beaux" restes. Et ce au grand dam de la "cellule africaine" de l’Elysée, où l’on ne goûte que modérément les missions sur le continent de l’ami intime Patrick Balkany, jadis émissaire zélé du système Pasqua. "Je veux, poursuit Jean-Marie Bockel, signer l’acte de décès de la ‘Françafrique’. Je veux tourner la page de pratiques d’un autre temps, d’un mode de relations ambigu et complaisant, dont certains, ici comme là-bas, tiraient avantage, au détriment de l’intérêt général et du développement". Les oreilles de quelques conseillers en communication cupides et d’une poignée de juristes dévoyés vont siffler… Quitte à enfoncer le clou, le catho de gauche de la Coopé précise qu’il "compte sur le soutien du président de la République" -douterait-il donc que ce concours lui est acquis?- "pour tenir les engagements qu’il a lui-même pris, malgré les sollicitations contraires de ceux que la fin de ces pratiques inquiète".

La suite du propos suscitera -c’est selon- moins d’espoir ou d’agacement. Adressée aux "élites africaines", elle semble s’inspirer de l’esprit, sinon de la lettre, du très controversé "discours de Dakar", prononcé par Nicolas Sarkozy lors de sa tournée subsaharienne de juillet 2007. "Quand je vois que 40 milliards d’euros quittent chaque année le continent pour aller s’investir ailleurs, je me dis que certains Africains ont bien peu confiance dans leurs propres capacités à développer leur pays. Ils ont tort (…)." De même, lorsque le colonel de réserve Bockel vante les mérites d’accords de coopération militaires pourtant archaïques, il ne surprend guère.

Bien sûr, on est loin des audaces du socialiste Jean-Pierre Cot, éphémère ministre de la Coopération de François Mitterrand, évincé à la demande de quelques despotes africains exaspérés par l’insolence de ce "gauchiste tiers-mondiste". Bien sûr, le verbe de Bockel n’a pas la verdeur de celui de Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, quand elle claironne à la veille de la tournée française du "Kadhafi circus" que la France n’est pas un paillasson où l’on vient s’essuyer les pieds. Mais la "musique" que fait entendre Jean-Marie Bockel fait écho au dilemme de tous les ministres dits d’ouverture, qu’ils viennent du centre-gauche ou de la société civile: faire entendre sa différence pour exister, respecter le pacte de loyauté passé avec l’Elysée sans pour autant enfiler le costume peu flatteur de l’alibi de service. Tout porte à croire d’ailleurs que Nicolas Sarkozy s’accommode fort bien de tels états d’âme. On n’imagine mal que le discours de Bockel n’ait pas obtenu l’imprimatur du Château. S’agissant de sa portée réelle, on attendra pour en juger. Chat échaudé…

29.10.2007

BOCKEL / AMARA

A lire dans le numéro 4 du Meilleur des mondes, l'entretien (réalisé en juillet 2007) entre
Fadela AMARA et Jean-Marie BOCKEL:

«L'action prime sur l'idéologie »

Entretien avec Myrima ENCOUA, Michel TAUBMANN et Marc WEITZMANN

Le fichier en pdf: MdM5_Amara-Bockel.pdf

Le site de la revue: http://www.lemeilleurdesmondes.org/

Le Meilleur des mondes est une revue de gauche libérale à promouvoir

 

26.09.2007

Bockel créé son propre parti

BOCKEL CREE SON PROPRE PARTI

 

Secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la Francophonie, l’ancien socialiste Jean-Marie BOCKEL se met à son compte en créant son propre parti politique, Gauche Moderne. Avec pour premier objectif les élections municipales.

 

Pourquoi ce nouveau parti?


Jean-Marie Bockel. Ma démarche est dans la logique de mon entrée au gouvernement, dans le cadre de l'ouverture voulue par Nicolas Sarkozy. Ces dix dernières années, j'ai essayé de rénover le PS de l'intérieur dans un sens social-libéral, on disait à l'époque blairiste. Cela n'a pas abouti : on m’a souvent confié que je disais tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas, sans oser le faire et encore moins le dire.  Aujourd'hui, mon objectif est de continuer à faire vivre ces idées.  Et c'est Nicolas Sarkozy qui aujourd’hui incarne le mieux cette démarche social-libérale


Vous vous dites toujours de gauche?

 De centre-gauche, oui, avec mes valeurs, ma culture et ma légitimité. Je fais le pari qu'on peut être de gauche et allié à Sarkozy. Comme il y a eu des gaullistes de gauche, nous sommes des sarkozystes de gauche. Pour que ces idées puissent vivre, se traduire par des propositions, par des engagements électifs, il faut créer une formation politique.


Mais il y a déjà la formation d'Eric Besson?

Eric Besson a créé un club. C'est très bien. Mais personne pour le moment n'a créé, dans cette mouvance de l'ouverture à gauche, une formation politique en tant que telle, capable de présenter des candidats, d'incarner l'ouverture dans des listes municipales. De plus, parmi les ministres d'ouverture, je suis le seul à être un grand élu local, à la tête d'un exécutif important, la mairie de Mulhouse. J'étais donc le plus concerné par l'utilité de créer une vraie formation politique.

 
Pourquoi ne pas le faire ensemble avec les autres ministres de gauche?

Parce que chacun a son histoire, chacun suivra son rythme. Le parcours d’Eric Besson est différent du mien. En ce qui me concerne, j’incarne seul, hier au PS et aujourd’hui au centre gauche, une vraie ligne politique social-libérale.

 

Comment va s'appeler ce parti?
Gauche moderne : cela caractérise bien ma démarche

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Cette étiquette, on la retrouvera dans plusieurs villes de France?

Bien sûr. Je ferai bientôt une grande réunion de lancement. D'ici à la fin novembre, j'aurai autour de moi un certain nombre de personnes représentatives de ma démarche. Je ne peux pas encore les citer, il faut ménager des transitions.


Ces listes pourront-elles s'allier avec le PS?

Ne tournons pas autour du pot. En tant que membre du gouvernement, je suis un allié de la majorité, un allié distinct, mais loyal. Je ne passerai des alliances aux municipales qu'avec des listes issues de la majorité présidentielle. Mes listes ne feront pas l'ouverture avec celles du PS mais elles accueilleront sans doute de nombreuses personnes désireuses de rénover la gauche.


Et le Modem?
A Mulhouse, des gens du Modem se retrouveront vraisemblablement sur ma liste. Mais ce ne sera pas une liste contre la majorité présidentielle.


Sarkozy a-t-il encouragé votre démarche?
Oui.

 
Lors d'un prochain remaniement il pourrait y avoir d'autres ministres socialistes?
Ce sera au Président d’en décider. Ce ne sont pas les talents qui manquent….


Propos recueillis par Didier Micoine et Henri Vernet