15.01.2008
"Je veux signer l'acte de décès de la "Françafrique"
Six mois après l'élection de Nicolas Sarkozy, il semble que rien n'ait changé dans les relations entre la France et l'Afrique, contrairement aux promesses de rupture faites pendant la campagne électorale. Le ministre d'ouverture que vous êtes accepte-t-il ce statu quo ?
C'est justement parce que je suis un ministre d'ouverture et que j'ai adhéré au discours de Nicolas Sarkozy sur l'Afrique que je souhaite que les choses changent. Or la rupture tarde à venir. Il y a encore trop de rentes de situation, trop d'intermédiaires sans utilité claire, trop de réseaux parallèles pour permettre un partenariat assaini, décomplexé, d'égal à égal. La "Françafrique" est moribonde. Je veux signer son acte de décès. Il ne s'agit pas de faire la morale, mais d'aider au développement. Or, à cause de défauts de gouvernance dans certains pays, notre politique de coopération, malgré de multiples réalisations, ne permet pas des progrès à la hauteur des efforts consentis.
Comment expliquez-vous ce manque d'efficacité ?
La mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l'incurie de certaines structures administratives ou politiques, la prédation de certains dirigeants, tout le monde connaît ces facteurs ou les imagine. Au total, sur 100 milliards de dollars annuels d'aide pour l'Afrique, 30 milliards s'évaporent. Certains pays ont d'importantes ressources pétrolières, mais leur population n'en bénéficie pas. Est-il légitime que notre aide soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ? Il faut donc revoir les conditionnalités, évaluer l'efficience de notre aide.
A quels pays pensez-vous ?
Je ne suis pas là pour montrer du doigt tel ou tel chef d'Etat. Ce serait contre-productif. Mais il serait intéressant d'écouter non seulement les dirigeants, mais aussi les sociétés civiles dire ce qu'elles pensent de l'efficacité de notre aide.
Justement, le régime gabonais d'Omar Bongo vient de "suspendre" les organisations de la société civile qui critiquent l'opacité de sa gestion des revenus pétroliers...
Le président du Gabon est un ami de longue date de la France. Sur la liste des pays problématiques, je ne le placerais pas en tête. Mais, sous réserve de vérification, je regrette cette décision.
Que pensez-vous de la décision du parquet de Paris de stopper l'enquête sur les "biens mal acquis" par certains chefs d'Etat africains ?
Pour faire évoluer les choses, on peut provoquer le conflit. Ma méthode est différente, forte et pédagogique, non idéologique. Il s'agit de conditionner notre aide à une bonne gouvernance, faire comprendre à l'opinion et aux dirigeants que ce serait plus efficace. Dans les accords de partenariat, nous pouvons demander un engagement de transparence sur l'utilisation des ressources en matières premières, exiger qu'une partie de la rente pétrolière soit utilisée dans les projets que nous aidons. Encore faut-il qu'on se tienne à cette ligne. Je suis en dialogue avec le président de la République à ce propos. Le moment est venu que je sois soutenu jusqu'au bout.
Auriez-vous du mal à vous faire entendre ?
Le président a fixé un cadre au niveau du discours. Le moment est venu d'une piqûre de rappel pour aller plus loin dans la démarche de rupture et mettre nos principes en actes. Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler notre manière de dialoguer avec les Africains. Le président sera en Afrique à la fin de février : c'est le bon moment.
L'un de vos prédécesseurs, Jean-Pierre Cot, ministre de la coopération, a dû démissionner, en 1982, après avoir cherché en vain à changer les relations entre la France et l'Afrique. Ne courez-vous pas le même risque ?
C'est un vieil ami. Il s'est vite isolé et n'a pas forcément fait la bonne analyse. Moi, je suis avant tout un pragmatique. Je sais gérer les gens, les budgets, les contradictions. Je sais qu'on ne décalquera pas du jour au lendemain notre morale en Afrique. Je sais aussi que l'Afrique est le continent de demain, et qu'il en va de l'intérêt de la France de mettre en oeuvre cette rupture. La jeunesse africaine l'attend.
Propos recueillis par Philippe Bernard14:00 Publié dans ENTRETIENS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bockel, Françafrique
29.10.2007
BOCKEL / AMARA
A lire dans le numéro 4 du Meilleur des mondes, l'entretien (réalisé en juillet 2007) entre
Fadela AMARA et Jean-Marie BOCKEL:
«L'action prime sur l'idéologie »
Entretien avec Myrima ENCOUA, Michel TAUBMANN et Marc WEITZMANN
Le fichier en pdf: MdM5_Amara-Bockel.pdf
Le site de la revue: http://www.lemeilleurdesmondes.org/
Le Meilleur des mondes est une revue de gauche libérale à promouvoir
12:40 Publié dans ENTRETIENS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bockel, amara
10.10.2007
«La loi Hortefeux, je l’approuve»
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/283718.FR.php
10:00 Publié dans ENTRETIENS | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
26.09.2007
Bockel créé son propre parti
BOCKEL CREE SON PROPRE PARTI
Secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la Francophonie, l’ancien socialiste Jean-Marie BOCKEL se met à son compte en créant son propre parti politique, Gauche Moderne. Avec pour premier objectif les élections municipales.
Pourquoi ce nouveau parti?
Jean-Marie Bockel. Ma démarche est dans la logique de mon entrée au gouvernement, dans le cadre de l'ouverture voulue par Nicolas Sarkozy. Ces dix dernières années, j'ai essayé de rénover le PS de l'intérieur dans un sens social-libéral, on disait à l'époque blairiste. Cela n'a pas abouti : on m’a souvent confié que je disais tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas, sans oser le faire et encore moins le dire. Aujourd'hui, mon objectif est de continuer à faire vivre ces idées. Et c'est Nicolas Sarkozy qui aujourd’hui incarne le mieux cette démarche social-libérale
Vous vous dites toujours de gauche?
De centre-gauche, oui, avec mes valeurs, ma culture et ma légitimité. Je fais le pari qu'on peut être de gauche et allié à Sarkozy. Comme il y a eu des gaullistes de gauche, nous sommes des sarkozystes de gauche. Pour que ces idées puissent vivre, se traduire par des propositions, par des engagements électifs, il faut créer une formation politique.
Mais il y a déjà la formation d'Eric Besson?
Eric Besson a créé un club. C'est très bien. Mais personne pour le moment n'a créé, dans cette mouvance de l'ouverture à gauche, une formation politique en tant que telle, capable de présenter des candidats, d'incarner l'ouverture dans des listes municipales. De plus, parmi les ministres d'ouverture, je suis le seul à être un grand élu local, à la tête d'un exécutif important, la mairie de Mulhouse. J'étais donc le plus concerné par l'utilité de créer une vraie formation politique.
Pourquoi ne pas le faire ensemble avec les autres ministres de gauche?
Parce que chacun a son histoire, chacun suivra son rythme. Le parcours d’Eric Besson est différent du mien. En ce qui me concerne, j’incarne seul, hier au PS et aujourd’hui au centre gauche, une vraie ligne politique social-libérale.
Comment va s'appeler ce parti?
Gauche moderne : cela caractérise bien ma démarche
.
Cette étiquette, on la retrouvera dans plusieurs villes de France?
Bien sûr. Je ferai bientôt une grande réunion de lancement. D'ici à la fin novembre, j'aurai autour de moi un certain nombre de personnes représentatives de ma démarche. Je ne peux pas encore les citer, il faut ménager des transitions.
Ces listes pourront-elles s'allier avec le PS?
Ne tournons pas autour du pot. En tant que membre du gouvernement, je suis un allié de la majorité, un allié distinct, mais loyal. Je ne passerai des alliances aux municipales qu'avec des listes issues de la majorité présidentielle. Mes listes ne feront pas l'ouverture avec celles du PS mais elles accueilleront sans doute de nombreuses personnes désireuses de rénover la gauche.
Et le Modem?
A Mulhouse, des gens du Modem se retrouveront vraisemblablement sur ma liste. Mais ce ne sera pas une liste contre la majorité présidentielle.
Sarkozy a-t-il encouragé votre démarche?
Oui.
Lors d'un prochain remaniement il pourrait y avoir d'autres ministres socialistes?
Ce sera au Président d’en décider. Ce ne sont pas les talents qui manquent….
Propos recueillis par Didier Micoine et Henri Vernet
17:10 Publié dans ENTRETIENS | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : gauche, moderne, parti, bockel, ouverture


