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20.01.2008

Des dirigeants africains rejettent les propos de M. Bockel

LE MONDE | 19.01.08

a charge de Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat français à la coopération, contre le "gaspillage des fonds publics" par certains régimes africains et le retard mis par Nicolas Sarkozy à concrétiser sa promesse d'une rupture avec les turpitudes de la "Françafrique" a suscité la colère dans plusieurs palais du continent noir.

Les présidents Paul Biya (Cameroun), Denis Sassou N'Guesso (Congo) et Omar Bongo (Gabon) ont appelé l'Elysée pour protester contre les propos tenus par M. Bockel dans Le Monde daté mercredi 16 janvier, puis lors de ses voeux à la presse. "La rupture tarde à venir, avait-il déclaré dans notre édition. Il y a encore trop de rentes de situation, trop d'intermédiaires sans utilité claire, trop de réseaux parallèles pour permettre un partenariat assaini, décomplexé, d'égal à égal. La "Françafrique" est moribonde. Je veux signer son acte de décès."

La réaction la plus vive est venue du Gabon, dont le président, Omar Bongo, a jugé "inacceptables" les propos du secrétaire d'Etat français. Vendredi, dans un communiqué, le gouvernement gabonais a exprimé sa "surprise" à l'égard "des clichés méprisants faisant des Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l'aumône de la France".

"Cette attitude (est) d'autant plus inacceptable quand on sait les avantages que tirent la France et les autres Etats occidentaux de leurs rapports économiques depuis toujours, avantages mutuels par ailleurs", note un communiqué du conseil des ministres, présidé par M. Bongo. Celui-ci, au pouvoir depuis quarante ans, a été cité dans le scandale pétrolier Elf, mais aussi dans le règlement de plusieurs crises africaines. Il est l'un des derniers symboles des relations franco-africaines postcoloniales. Le Gabon menace de se tourner vers "des partenaires plus respectueux de la dignité de ses peuples et de la souveraineté" des Etats africains.

Vendredi après-midi, M. Sarkozy a paru soutenir son secrétaire d'Etat en déclarant : "L'Afrique a changé, et la relation de la France avec l'Afrique doit aussi changer." Le président français souhaite "une action plus proche de la société civile" et "attend de nos ambassadeurs des propositions précises à cet égard", chargeant M. Bockel d'en dresser "la synthèse".


Philippe Bernard
Article paru dans l'édition du 20.01.08

Commentaires

Ah! qu'il est bon parfois de secouer le cocotier pour en voir tomber des fruits murs. Cela aurait pu être un proverbe africain. Il n'en est rien. Mais à force de vivre sur ce Continent, il se peut que mon lyrisme déteigne un peu. Mais qu'importe.
Ceux qui ont réagi "devaient réagir". Et ils l'ont fait ! Tant mieux. Au moins, les choses sont claires. ces Chefs d'Etats ne souhaitent donc pas le changement, la nouvelle donne en Afrique. D'autres plus timides se sont tus. Il est même dommage qu'aucun Français pouvant se sentir "visé" n'ait encore réagi.

Si le Président Sarkozy n'a pas jugé bon contredire son Secrétaire d'Etat à la Coopération, c'est qu'il doit sans doute partager les mêmes opinions. D'ailleurs, l'impatience de Jean Marie BOCKEL n'a semble-t'il vexé personne du côté de l'Elysée. Et si même un Conseiller a senti un courant d'air frais passer tout près de lui, il n'en aura pipé mot. Là aussi quelques clarifications seront nécessaires afin de savoir une fois pour toutes qui mènera la Politique de Coopération de la France.

C'est dire combien les Bongo, N'Guesso et Biya devraient se sentir bien seuls d'ci un certain temps. La Françafrique a vécu.

On a peut-être eu tort d'oublier le A majuscule à FrançAfrique.
C'est d'ailleurs cela, à n'en point douter, qui a fait grincer les dents de nos vieux Amis africains.

Ecrit par : Philippe ZLOCZEWSKI | 20.01.2008

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