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19.10.2007
Du profesionnalisme en éducation: une proposition
Du profesionnalisme en éducation: une proposition
Comparons ce qui peut l'être. La médecine s'est hissée à un niveau de professionnalisme que l'enseignement ne connaît pas. Les professeurs n'en finissent pas de s'interroger sur les finalités de l'enseignement. Sur la philosophie et sur la politique de l'éducation. Mais ils restent évasifs, le plus souvent, sur ce qui touche aux technologies mises en œuvre et aux procédures induites par ces technologies.
Le médecin ne se définit pas comme celui qui songe à guérir. Le guérisseur songe à le faire, lui aussi, sans qu'on puisse du tout le confondre avec un médecin. Le médecin est celui qui a été formé à l'utilisation de certaines technologies très sophistiquées, reconnues par la communauté scientifique, et à la mise en œuvre de procédures dont il n'est pas l'inventeur.
Quand les médecins se réunissent en congrès, ce n'est pas pour parler d'éthique mais pour parler de techniques. Ils ne se demandent pas si nous sommes égaux devant la mort. Si un enfant pauvre mérité d'être soigné aussi bien qu'un riche. Ils présentent de menues découvertes, qui ne sont jamais que d'infimes perfectionnements de techniques plus anciennes. Ils en exposent les avantages et les inconvénients. La question est toujours de savoir comment faire un peu mieux qu'on ne faisait jusque là. De quelle façon il convient de s'y prendre. Par où il faut passer. La bouche ou le nez. Les collègues dans la salle posent des questions et prennent des notes.
Je trouverais sain que l'on définisse l'instituteur, quelquefois, comme un expert (ou un virtuose) de l'utilisation du tableau noir. Et de l'utilisation des livres en séries. On s'apercevrait ainsi que le tableau noir et les livres en séries sont des techniques complémentaires héritées de Jean-Baptiste de La Salle, c'est-à-dire du tout début de notre 18e siècle. Jean Hébrard note : « Alors que la méthode traditionnelle pour apprendre à lire est le 'mode individuel' (le bref tête-à tête de l'élève muni de son livre avec le maître qui fait lire), Jean-Baptiste de La Salle met au point ce qui fera sa gloire: le 'mode simultané' ». Et, en prenant les choses par ce bout, on en viendrait à se demander quelle technique au juste on a été inventée depuis lors, qui se soit véritablement imposée?
En fait beaucoup de gens - des parents d'élèves mais aussi des professeurs - refusent de penser que l'efficacité de l'acte d'enseigner puisse dépendre des technologies et des procédures mises en œuvre. Ils verraient d'un mauvais œil qu'un médecin applique pour les soigner, ou seulement pour établir son diagnostic, des techniques mises au point au début du 18e siècle. Mais en matière de pédagogie, ils font preuve d'obscurantisme. Ils ne croient pas au progrès.
Certains croient à l'École de la République une et indivisible. Ici chacun serait libre de faire ce qu'il veut derrière la porte fermée de sa classe, entendu que la façon dont il fait aurait au fond peu d'importance. Les autres considèrent que le point décisif est de ne pas mélanger les élèves les meilleurs (qui sont ceux issus de leur propre milieu social) avec les moins bons (qui font du bruit, qui n'ont pas de bonnes manières, qui parlent mal le français, qui sont pauvres).
Dans les deux cas, la question de l'éducation est réduite à une question d'ordre. Dans les deux cas, la position est réactionnaire. Tournée vers le passé. Et intenable.
Nous ne voyons pas d'autre domaine d'activité où la question de l'efficacité des procédures soit écrasée comme ici par celle d'un ordre institutionnel global.
Nous sommes tous en mesure de citer au moins une technique médicale apparue au cours des dix dernières années, qui a révolutionné le traitement de telle maladie. Et nous sommes tous en mesure de citer les noms de grand médecins, chercheurs ou praticiens. Mais en matière d'éducation, il n'en va pas de même. Nous en restons à des débats théologiques.
La France doit passer, en matière d'éducation, de l'âge des débats théologiques à celui du professionnalisme, qui est celui du travail d'équipe et de la pensée expérimentale.
Il n'est pas nécessaire que tous les professeurs inventent, chacun pour soi, la didactique de la discipline qu'ils ont en charge. Mais sans doute serait-il bon que certaines écoles, surtout celles situées en Zones d'éducation prioritaire, s'organisent sur le modèle des CHU, qui sont à la fois des centres de soin, d'enseignement et de recherche.
Cela ne ferait-il pas rentrer l'éducation enfin dans le droit commun?
Christian Jacomino
11:00 Publié dans BOITE A IDEES | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Très intéressant parallèle...
Je ne suis pas d'accord avec le fait que les bons soient forcément dans les quartiers favorisés, et les moins bons dans les autres, mais j'imagine qu'il faut prendre cette image comme une réduction à des fins d'illustration.
Pour aller dans votre sens, je rappellerais aussi qu'il n'existe pas une méthode applicable à tous les élèves, de même qu'il peut exister plusieurs protocoles pour traiter la même maladie, en fonction des antécédants, des caractéristiques de chaque personne. L'école pourrait ainsi organiser plus d'espaces pour la 'recherche', c'est-à-dire l'essai de nouvelles méthodes. Se posera de toutes façons la question de l'évaluation de la performance des méthodes, et donc l'acceptation que l'éducation doit être performante. Tout un programme...
Ecrit par : Simon-Pierre Trezguet | 22.10.2007
Simon-Pierre, Je ne reprends bien sûr pas à mon compte le fantasme partagé par beaucoup de familles bien-pensantes. Le fait est que certaines écoles privées (sous contrat) se définissent en fonction d'un projet pédagogique. Mais que beaucoup d'autres (sous contrat, elles aussi) n'ont d'autre projet que 'protectionniste'. Ce qui veut dire que nous avons à défendre un pluralisme qui profitera(it) à tous. A défaut de quoi, nous irons de plus en plus vers un clivage entre public (pour les pauvres) et privé (pour les riches).
Ecrit par : Christian Jacomino | 22.10.2007
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