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22.09.2007
Tribunes de JMB
LA TRIBUNE
Mardi 29 mai 2007
Le PS à l’heure de la révolution culturelle
En préférant une alternance de droite, les Français tendent au Parti Socialiste le miroir de ses insuffisances. L’heure d’une gauche nouvelle est venue. Une gauche capable de rompre avec le tout Etat, avec la culture de la dépense et de la redistribution irresponsable. Une gauche qui propose une synthèse entre le réalisme économique, la sincérité budgétaire et l’ambition sociale, le volontarisme public. Une synthèse entre les libertés et les solidarités.
Cette dynamique de rénovation doit s’amplifier. Nous voici enfin contraints de procéder, en amont du pouvoir, à notre aggiornamento idéologique. Demain nous ne nous gouvernerons plus à rebours de nos discours, nous ferons ce que nous aurons dit.
Pour prendre le pouvoir efficacement et gouverner durablement, nous avons désormais besoin d’une ligne claire. Nous avons pu mesurer à quel point les synthèses tièdes et les ambiguïtés doctrinales ont pu nuire à la crédibilité de notre projet.
Pourtant l’esquisse d’un socialisme en prise sur le monde d’aujourd’hui était là. Notre candidate en a d’ailleurs développé, dans l’urgence, les traits saillants : alliance entre l’efficacité économique et le progrès social, mise en mouvement de la société et des territoires, nouvelle démocratie sociale et politique, échange des droits et des devoirs.
Mais des scories, vestiges de conceptions rigides, entravent encore notre réformisme résolu. L’heure est venue de trancher.
Il est temps de promouvoir, sans faux-semblants, une économie de marché solidaire, fondée sur une croissance durable et innovante, sur la vitalité d’entreprises responsabilisées, sur une politique de l’emploi conciliant fluidité et sécurité, sur de fortes incitations favorables à l’augmentation des salaires et à la résorption de la précarité.
Reconnaissons qu’il n’y a pas de redistribution possible sans une politique de l’offre et une fiscalité responsable. La croissance ne se décrète pas à travers la seule relance du pouvoir d’achat et la hausse des recettes est toujours plus incertaine que la diminution des dépenses. Nous ne pouvons pas financer par la dette de fausses avancées sociales.
Osons dire que les 35 heures ne sont souhaitables que lorsqu’elles sont possibles, c’est-à-dire adaptées à la réalité des entreprises et des branches, lorsqu’elles sont issues d’un accord négocié, et qu’elles ne s’accompagnent pas d’un gel des revenus ou d’une trop grande pénibilité. Plutôt que défendre une extension rigide, privilégions le temps choisi tout en favorisant l’augmentation des bas salaires et l’amélioration des conditions de travail des salariés les plus exposés.
Assumons ensuite la nécessité de la réforme de l’Etat : mieux délimité et plus souple, l’Etat sera plus fort. Nous devons le responsabiliser et l’évaluer pour mieux garantir et rénover les services publics. Soyons clairement décentralisateurs, afin d’améliorer l’action publique en rapprochant et responsabilisant acteurs et usagers.
Cessons aussi d’établir l’équivalence absolue entre service public, propriété publique et monopole. Sans dogmatisme aucun nous devons envisager la possibilité (ou non) de déléguer les missions de service public et d’ouvrir des services à la concurrence en fonction de l’intérêt conjugué des clients et des salariés
Les Français attendent enfin la vérité concernant la réforme des retraites : face aux évolutions démographiques, l’allongement de la durée de cotisation (ou l’augmentation des versements) est inéluctable. Plutôt que de défendre un improbable droit uniforme à la retraite dès 60 ans, travaillons à la construction, avec les partenaires sociaux, d’une retraite à la carte, toujours fondée sur la solidarité. Modulons pour cela la durée de cotisation et le taux de remplacemment en fonction de la pénibilité du travail, de l’espérance de vie et des situations familiales. Les Français attendent aussi la justice: la plupart les régimes spéciaux doivent être, pour les nouveaux entrants, réformés et alignés sur le droit commun.
La crédibilité politique est aux prix de ces audaces qui sont déjà des évidences pour de nombreuses gauches européennes.
Nous avons laissé la droite s’emparer de valeurs et propositions qui incarnaient pourtant nos objectifs d’efficacité, de responsabilité et de justice.
Nous avons en un sens gagné la bataille des idées pour mieux perdre celle des hommes.
A nous désormais de porter sans tabous un projet d’avenir et de retrouver la confiance des Français.
Journal du Dimanche
13 Mai 2007
Tony Blair ou le remords du socialisme français
Il y a dix ans, en 1997, à quelques mois d'intervalle, Tony Blair et Lionel Jospin accédaient au pouvoir. En 2007, le premier ministre travailliste rend son tablier après avoir été élu trois fois de suite. De son côté, la gauche française essuie une nouvelle défaite. Elle sait déjà qu'au mieux, de Chirac à Sarkozy, l'alternance prendra dix-sept ans.
Bien sûr, Tony Blair part en ayant été usé par le pouvoir. Un destin que la gauche française, volontiers distante ou critique, n'aura jamais vraiment eu le temps de connaître : il aurait pour cela fallu qu'elle soit capable de prendre le pouvoir efficacement et de gouverner durablement. Le blairisme, c'est d'abord cela : la rénovation à marche forcée de la gauche et la conduite d'une politique progressiste adaptée au monde d'aujourd'hui.
Pendant que nous gouvernions, brièvement, à rebours de nos discours, les travaillistes osaient dire ce qu'ils allaient faire et procédaient en amont du pouvoir à leur aggiornamento idéologique. Ils renouvelaient ainsi leurs outils et inventaient de nouveaux leviers pour l'action politique. Pendant que nous passions (et passerons peut-être) nos longues années d'opposition à des affrontements stériles de clans et de personnes, cherchant le plus petit dénominateur commun, récitant des dogmes et maniant les solutions du passé, les travaillistes gouvernaient et changeaient la société. Ils réconciliaient l'efficacité économique et le progrès social. Ils rendaient possible une forte croissance, atteignaient le plein-emploi, organisaient une meilleure redistribution sociale (salaire minimum et lutte contre la pauvreté) et réalisaient un investissement sans précédent dans les services publics.
Voilà le visage du travaillisme moderne, de la gauche, lorsque, sans renoncer à ses ambitions de justice et de cohésion sociale, elle affronte les réalités d'une économie ouverte et d'un monde d'échanges.
Les ingrédients de la réforme, du succès économique et social, sont connus : réconcilier les libertés et les solidarités, responsabiliser, allier la production et la redistribution, mettre en mouvement la société et les territoires, assumer la nécessité des règles, n'accorder les droits qu'au regard des devoirs.
Combien de défaites nous faudra-t-il pour en faire le coeur de notre doctrine et de notre pratique ? Combien de temps seront tenus pour hérétiques ceux qui portent les couleurs de cette gauche décomplexée car moderne ? Valait-il mieux perdre, et reperdre, sans toucher à ses certitudes, ou plutôt gagner en osant un peu de cette troisième voie que nous étions quelques-uns à porter depuis... dix ans !
Les nombreux électeurs de gauche qui se sont portés sur François Bayrou, voire sur Nicolas Sarkozy, ne disent rien d'autre : nous voulons un socialisme du temps présent, attentif à la production des richesses, réformateur et pragmatique.
Il y a urgence, camarades, à laisser souffler un peu de blairisme en nous !
A Ségolène et à Dominique, à tous ceux qui portent la gauche nouvelle, j'ai envie de dire: lâchez-vous, allez au bout de vos audaces, unissez-vous et travaillons ensemble !
Sortons une fois pour toutes des ambiguïtés doctrinales, des luttes de factions, de l'éternel retour des mêmes, toujours perdants. Soyons un parti de masse, ouvert sur la société, force de travail et de proposition, professionnalisé et rénové dans son expression. Un parti capable de décider d'une ligne politique claire et se donnant tous les moyens de la rénovation et du succès.
Un peu de Blair, pour que les socialistes français en finissent avec leur masochisme et conjuguent à nouveau la politique avec l'exercice des responsabilités et la transformation sociale. Un peu de Blair, pour transformer notre chant du cygne en chant d'espérance.
Le Figaro
2 janvier 2007
La sécurité, un défi pour la République, un chantier pour les territoires
«Faire société » ne va plus aujourd'hui de soi. Notre pacte social et républicain est confronté à ses failles et à ses échecs. La violence fait symptôme. Notamment aux marges territoriale, économique et sociale de la République. Dans nos « banlieues » vécues comme des territoires de relégation.
Dans ce contexte, toute action en matière de sécurité doit avoir pour horizon le « vivre ensemble ». Comment rendre légitime et efficace une politique de sécurité publique ? En jouant à la fois sur le temps court de la sanction et sur le temps long de l'action préventive. Soyons tout aussi durs avec l'insécurité qu'avec les causes de l'insécurité.
Nous avons besoin de politiques économique, sociale et éducative adaptées au traitement des causes de la délinquance. Qu'il s'agisse de logements, d'équipements et de services publics, de transports ou d'emplois, les logiques territoriales et partenariales sont à privilégier.
Ces politiques sont nécessaires mais non suffisantes. Car nous ne devons pas pour autant détourner les yeux, nier l'importance prise par les incivilités et les actes de violence, émanant notamment des mineurs. Osons nommer la réalité des violences, osons assumer la nécessité des règles, l'existence de contraintes, la possibilité et la réalité de sanctions. Les discours purement compassionnels et sociologiques ne tiennent pas. Ni à l'épreuve des faits : le travail sur les causes ne peut se substituer à la gestion des effets. Ni à l'épreuve des principes : il n'y a pas de liberté sans règles structurantes et responsabilisation individuelle.
En ce sens, les mesures alternatives à la prison méritent d'être expérimentées lorsque les systèmes d'encadrement ont pour objectif l'insertion et le réapprentissage de la citoyenneté. La mise sous tutelle des allocations familiales peut être légitime si, et seulement si, elle est employée dans une logique éducative en lien notamment avec les « Maisons des parents ». Les internats scolaires de proximité prennent tout leur sens dès lors qu'ils permettent aux parents de continuer à assumer leur responsabilité en relation avec les éducateurs. Ce qu'a d'ailleurs bien compris Tony Blair qui appuie sa « société du respect » autant sur des dispositifs de rappel à la règle que sur la forte augmentation des crédits (plus de 900 millions d'euros pour 2006-2007) pour les écoles primaires et secondaires.
L'équilibre ainsi trouvé doit être décliné au-delà de la seule lutte contre la délinquance des jeunes. Maintenir l'ordre républicain et assurer la cohésion sociale ne relèvent pas de la déclinaison de postures idéologiques mais d'une action pragmatique soucieuse de justice et d'efficacité.
Les élus locaux montrent l'exemple. De nombreuses villes ont développé depuis longtemps la mise en réseau des différents acteurs de la prévention et de la sanction. La ville et les collectivités locales, les représentants de l'État, la police et la justice, l'Éducation nationale, les transporteurs et les bailleurs publics coopèrent dans le cadre du contrat local de sécurité. Des coordinations territoriales sont organisées afin de favoriser les suivis individuels et de traiter en temps réel tous les faits commis. Des actions de médiation impliquant des éducateurs spécialisés et des adultes relais sont conduites. Des « Maison des parents » fonctionnent et permettent à une équipe sociale de soutenir et d'accompagner les parents dans l'exercice de leurs fonctions. Des « Maisons de la justice et du droit » assurent une présence judiciaire de proximité tout en proposant des mesures alternatives à la prison à travers notamment la réparation contractuelle des délits commis. L'aide aux victimes, le développement d'une police de proximité et l'usage centralisé de la vidéosurveillance complètent ces dispositifs.
Allons plus loin. Donnons au maire plus de pouvoirs, ce qui suppose aussi davantage de moyens assortis d'une réelle égalité territoriale, pour remplir des missions de coordination et d'animation sans le transformer en auxiliaire de justice. Organisons mieux le secret partagé sans aller jusqu'à l'injonction. Luttons contre l'impunité en développant une justice de proximité souple, graduée et réactive sans en appeler à la seule comparution immédiate. Réfléchissons à une réforme de l'ordonnance de 1945 relative à l'enfance délinquante à la condition non pas de criminaliser toujours plus mais de responsabiliser en définissant un statut intermédiaire et des réponses graduées. Détectons et traitons les souffrances de l'enfance sans les transformer en éléments déterministes, respectons les actions thérapeutiques sans en faire des instruments répressifs.
La politique de sécurité ne doit pas se réduire au contrôle social, elle est au service du « vivre ensemble ».
À ce titre, une nouvelle « police de contact », concentrée sur les territoires en difficulté, doit être déployée afin de recréer les conditions de l'action efficace. Au-delà des polémiques sur la police de proximité, cette police de contact doit disposer de tous les moyens d'investigation et de contrôle afin d'être respectée. L'efficacité de son travail, notamment fondée sur une présence accrue sur le terrain et un recueil d'informations plus ciblées, est déjà reconnue dans de nombreux pays européens tant en matière de dissuasion que de taux d'élucidation.
La réforme de la police, considérée comme un service public, pourrait s'inscrire dans le cadre de la réforme de l'État. Un débat devrait alors s'ouvrir sur le déroulement des carrières, sur les règles d'affectation, sur la gestion déconcentrée des fonctionnaires afin que la puissance publique réponde toujours au plus près et au mieux des besoins.
Pour une large part, ces différents leviers pourraient faire consensus. Seul le discours moral, rétif à l'exercice de l'autorité, à la possibilité de la sanction, et le discours martial, opposé à tout traitement social des causes de la délinquance, s'excluent mutuellement. Avant d'être de droite ou de gauche, la sécurité est un défi pour tous les républicains. Elle ne va d'ailleurs pas sans une réflexion sur l'identité nationale, sur la réalité des processus d'intégration et d'insertion, sur nos valeurs partagées et sur l'éducation à la citoyenneté. Nous avons besoin d'un compromis minimal qui, sans effacer les différences, ne remette pas systématiquement en question les orientations fondamentales. Il s'agit là d'un enjeu de cohésion nationale qui mérite que l'on soit capable de dépasser les préoccupations partisanes.
Le Monde
2 février 2006
Que penser des nouveaux contrats de travail ?
Le chômage est une affaire trop sérieuse, une trop grande préoccupation, pour réduire la politique de l'emploi à un débat calculateur et idéologique.
Oui, il est critiquable de réformer à la hussarde le code du travail. Que reste-t-il de la démocratie sociale lorsque l'on congédie les partenaires sociaux et que l'on décide sans eux de la nature du contrat de travail, du statut et des droits du salarié ? On ne peut donner toujours plus aux employeurs (exonération de charges, rupture de contrat sans justification) sans être très attentif aux résultats effectifs en matière d'emploi et au "coût" social.
Symétriquement, assimiler toute forme de flexibilité à une précarité nécessairement accrue, défendre une surprotection statutaire en ignorant tout des dynamiques économiques, mène à l'impuissance et au statu quo, c'est-à-dire au maintien d'une précarité déjà subie par nombre de Français qui ne se satisfont pas des protestations, mais veulent des solutions.
Concernant la situation de l'emploi, le constat est partagé : le reflux actuel du chômage est encore modéré et le taux de 9,5 % enregistré en décembre 2005 demeure l'un des plus élevés d'Europe. Les jeunes en sont particulièrement victimes : le taux de chômage est de 18 % pour les moins de 30 ans, plus du double pour ceux qui sont sans qualification. L'essentiel des embauches s'effectue en CDD ou en intérim, voire en stages non indemnisés.
Nouveaux venus, le CNE et le CPE introduisent davantage de flexibilité dans le contrat de travail : ils proposent une "période de consolidation" de deux années pendant lesquelles le salarié peut être licencié sans justification. Ils s'accompagnent aussi, pour les moins de 26 ans, d'une exonération totale des cotisations patronales pendant trois ans. Les théorèmes sont connus : moins de freins au licenciement égale moins de réticence à l'embauche, moins de charges égale plus d'emplois proposés.
A l'épreuve des faits, les résultats sont en vérité ambigus. Ainsi le précédent dispositif d'allégement des charges à destination des jeunes non qualifiés (contrats jeunes en entreprise) n'a pas vraiment créé d'emplois nouveaux : le taux de chômage n'a pas diminué, les contrats signés ont souvent concerné des jeunes déjà en activité et sont demeurés, dans de larges proportions, de courte durée. Autrement dit, l'effet d'aubaine a joué à plein et le coût pour la collectivité n'a pas été vraiment compensé, ni en termes d'efficacité économique ni de progrès social.
L'introduction de la flexibilité doit, elle aussi, faire l'objet d'une double évaluation, à la fois économique et sociale. D'un point de vue général, il est vrai que dans une économie mondialisée, d'échanges accélérés, l'adaptation et la souplesse sont des principes favorables au développement de l'emploi. De nombreux pays européens (à commencer par le Danemark) montrent qu'une législation non contraignante favorise la baisse du chômage.
Mais la flexibilité ne peut être érigée en dogme économique, pas plus qu'elle ne peut être déconnectée de son "coût" social : l'emploi, oui, mais comment et à quel prix ?
L'efficacité économique du CNE demeure difficile à apprécier : certes, 280 000 CNE ont été créés à ce jour mais les faibles créations dans le secteur marchand (62 000 emplois en 2005) relativisent le succès. Tout suggère que de nombreux emplois auraient été de toute manière créés en CDD ou en CDI. L'effet d'aubaine est indéniable. Fondamentalement, le CNE conduit à une plus grande volatilité de l'emploi : création accélérée lorsque la demande croît, destruction accélérée lorsque l'économie ralentit. Autrement dit, la flexibilité peut être un catalyseur qui ne suffit pas à lui seul à assurer croissance et activité.
Pour quel coût social ?
Soyons francs : le CNE et le CPE ne méritent ni tous les éloges ni toutes les critiques qui leur sont réservés. Le CPE offre des contreparties modestes mais réelles aux jeunes salariés : préavis, droit à la formation ouvert dès la fin du premier mois, indemnisation chômage dès le quatrième mois (au lieu de six actuellement) avec une allocation forfaitaire garantie, indemnité de rupture, accès au crédit bancaire, bénéfice du Locapass facilitant l'accès au logement.
L'évaluation sociale est difficile et se fera au cas par cas : ceux qui auraient été embauchés en CDI (peu nombreux) y perdront, ceux qui enchaînent chômage, stages et CDD courts y gagneront, plus ou moins selon la durée effective du contrat, plus ou moins selon leur appréciation de l'incertitude professionnelle. Et l'on ne peut ici préjuger, ni dans un sens ni dans un autre, de la volonté constructive des employeurs.
Face à ces réformes, quelle doit être l'attitude de la gauche ?
Selon moi, pragmatique et volontaire.
Quelle efficacité économique pour quels progrès sociaux ?
Voilà la seule interrogation qui doit nous guider. Etre socialiste aujourd'hui ne peut se réduire à une opposition idéologique nous coupant du monde tel qu'il est. Etre socialiste, c'est voir plus large que la droite, protéger mieux les intérêts des plus faibles et garantir davantage la justice sociale.
Voir plus large : ne pas céder au dogme de la flexibilité. L'emploi des jeunes est d'abord déterminé par l'élévation des qualifications et leur plus grande adéquation avec l'emploi : confions aux partenaires sociaux la détermination du contenu des formations en fonction des besoins professionnels et de leur évolution, encourageons la formation en alternance, l'apprentissage et la reconnaissance des compétences acquises. Accordons des "droits de tirage" inversement proportionnels à la durée initiale de la formation ou des handicaps constatés.
Se battre pour le progrès social : acceptons la flexibilité en échangeant la mobilité contre de nouveaux droits et de nouvelles protections pour les salariés. Voilà le réformisme d'aujourd'hui, celui de la conquête sociale en acte.
Enrichissons le droit individuel à la formation et rendons-le véritablement transférable d'entreprise en entreprise. Développons les conventions personnalisées de reclassement et de transition professionnelle. Autant de droits "crédités" dont chaque salarié pourrait faire un usage individuel adapté à sa situation et aux réalités locales de l'emploi.
Dans cet esprit, rien n'est tabou pour une gauche responsable et en lutte : un contrat de travail unique peut être négocié s'il permet d'en finir avec l'injuste éclatement des différents contrats et la ségrégation statutaire qui en résulte. Nous pouvons envisager un contrat unique à durée indéterminée dans lequel les droits relatifs à la protection de l'emploi et à l'indemnisation se renforceraient progressivement. Une période de consolidation n'étant acceptable que si, et seulement si, la sécurisation des parcours professionnels est organisée concrètement et les contreparties obtenues à la hauteur de la souplesse concédée. Ce qui n'exclut pas non plus de responsabiliser les entreprises en sanctionnant, par la fiscalité ou la modulation du coût de l'assurance chômage, celles qui abuseraient de la flexibilité.
Voilà des principes d'action pour un socialisme attaché à la réussite économique et au progrès partagé. Un socialisme en prise sur le monde d'aujourd'hui. Le seul à la hauteur de l'urgence sociale.
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